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Projets de Société

Jeudi 23 février 2006
            Aider les jeunes à aller vers l’emploi, particulièrement les plus démunis, est une priorité affirmée depuis des décennies par les plus hautes autorités politiques en charge de l’Etat ou des collectivités territoriales. Pour nos armées, désormais professionnelles, engagées sans relâche dans des opérations extérieures, il s’agit de ne pas s’exclure de la nation dont elles sont l’émanation. 

En effet, assimilées à un corps expéditionnaire elles risqueraient d’être progressivement coupées de la collectivité nationale. La question fondamentale me paraît être : l’armée de la Nation est-elle encore dans la Nation ?
C’est la raison pour laquelle, au poste de responsabilités qui est le mien depuis plus de deux années maintenant et sans attendre la crise des banlieues, nous avons entrepris d’intégrer un certain nombre de jeunes en grande difficulté avec l’opération « 1 permis, 1 emploi », qui peut apparaître une des plus innovantes dans ce domaine. Par cette action à la fois originale, volontariste et emblématique, je souhaitais prouver que les armées -et l’armée de terre en particulier- étaient également soucieuses du sort de nos concitoyens et capables de participer, à leur manière, à la lutte contre le chômage tout en donnant ou redonnant du sens à l’action collective.
Avec le recul de presque dix mois et l’expérience acquise je puis confirmer le bien fondé de cet « engagement social » qui me conforte sur notre rôle de « rassembleur » ainsi que le renouveau du lien que les armées  ont tissé avec nombre de nos concitoyens au cours de cette opération. 
L’opération « 105 permis » est avant tout un projet simple qui vise à permettre à un certain nombre de garçons et de filles, issus de banlieues et de milieux défavorisés, de se mettre dans les conditions d’accéder à un emploi peu qualifié, du moins dans un premier temps, tout en acquérant le permis de conduire : son obtention apparaît comme un véritable sésame pour accéder à l’entreprise. Cette opération n’est pas pour l’armée de Terre une opération de recrutement : les jeunes gens retenus  n’auraient pas eu les capacités requises pour intégrer les armées. Toutefois, ceux qui le désiraient ont pu faire acte de volontariat pour souscrire un engagement comme réserviste opérationnel.
Ni l’emploi ni le permis ne sont octroyés. Ils sont gagnés dans le cadre d’un parcours de citoyenneté , d’une durée de six à neuf mois – en fonction des individus et adapté à la personnalité de chacun- fondé sur le volontariat, le travail et l’effort.
Ce cursus s'adressait à des garçons et des filles âgés de 18 à 30 ans (50% de féminines) qui devaient satisfaire aux critères suivants :
  • -être de nationalité français,
  • -être apte médicalement à suivre une préparation militaire,
  • -avoir suivi la journée d'appel et de préparation à la défense (JAPD),
  • -avoir un niveau scolaire correspondant au 1er cycle de l'enseignement secondaire,
  • -être volontaire.
  • Cette première expérience s’est adressée aux jeunes gens domiciliés dans les départements 78, 91 et 93 ( 11 sites au total).

Les acteurs

Pour mener à bien cette opération et assurer son succès, de nombreux partenaires ont été sollicités:

  • -la réserve citoyenne qui pilote cette opération. Elle regroupe des hommes et des femmes volontaires et bénévoles -nombreux étant des acteurs économiques dans la région parisienne- qui sont des relais dans la communauté nationale et qui oeuvrent ainsi au développement de la citoyenneté et de l’esprit de défense ;
  • -des associations, dont les préoccupations rejoignant celles de ce projet, ont souhaité s’associer comme partenaires, en particulier les missions locales d’Ile de France ;
  • -l’association « Carrefours pour l’Emploi », qui a organisé, entre autres « Paris pour l’emploi », fut le support juridique de ce projet ;
  • -un certain nombre d’entreprises ou institutions ont soit financé les permis (un total de 130) soit accepté, en plus, de proposer des emplois fermes à l’issue du cursus ;
  • -l’association « Solidarité & Jalons pour le Travail » , opérateur de la formation professionnelle depuis 25 ans, qui s’est donnée pour mission d’accompagner des publics jeunes et adultes en vue de favoriser leur insertion professionnelle, a pris en charge la formation au code et à la conduite ;
  • -enfin, le conseil régional d’Ile de France qui, à travers une convention, a financé pour partie les actions de formation des jeunes (291 heures en centre et 175 heures en entreprise) .  

Le déroulement

Commencée à la mi-avril 2005 pour une partie et à la mi-juillet pour l’autre cette opération s’est déroulée en 4 phases.

  • -La présentation du projet aux jeunes (sensibilisés par les réservistes locaux à la jeunesse et à la citoyenneté (RLJC), les travailleurs sociaux, les associations) aux familles et aux élus : il s’est agit de susciter des volontariats à hauteur de 130 candidats (correspondant à 130 permis de conduire rémunérés par les entreprises.
  • -L’apprentissage du code de la route et de la conduite, adapté au niveau de chacun est sanctionné par les examens code et conduite (possibilité de passer 3 fois les épreuves du code de la route et 2 fois la conduite). Avec l’avantage de disposer d’équipes « auto-école »  déployées sur les 11 sites.
  • -La préparation militaire, qui s’est déroulée durant la deuxième quinzaine de juillet au camp national de La Courtine, constitue une garantie pour les futurs employeurs de l’aptitude de ces jeunes à respecter la discipline, à être ponctuels et à fournir un effort physique. Une partie de l’encadrement de la préparation militaire a été fournie par des réservistes opérationnels montrant ainsi aux « jeunes » qu’être civil n’interdit pas de donner de son temps à la défense de son pays.
  • -l'action citoyenne de proximité, d’une durée de quinze jours, sous contrôle et dans le cadre d’une association ou d’un service municipal, a permis à chaque jeune de consacrer une partie de son temps au profit d’un programme social, humanitaire, caritatif, tourné vers la notion d’entraide. Elle a permis également à ces jeunes de prouver qu’ils sont capables de se comporter en adultes responsables et de se dégager de l’image parfois difficile qui est la leur 

 

Bilan provisoire au 22.02.06

103 jeunes sont encore engagés dans l’opération ;

92 ont obtenu le code ;

54 ont le permis complet ;

66 emplois offerts dont 47 contrats réalisés (85 fin mars en principe).

 

En dépit du succès reconnu de cette première expérience, celle-ci ne sera pas reconduite… Dommage !

Chers internautes, pour toutes questions ou précisions, je me tiens à votre disposition. N’hésitez pas à me contacter!

 

 

Par Emmanuel
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Dimanche 5 mars 2006

En réponse à vos questions et commentaires divers sur l’arrêt de « l’opération 105 permis »:

 J’éprouve la même surprise que vous devant la non reconduction de cette première expérience parfaitement réussie, voire son extension au plan national comme il en avait été question au mois de juin 2005. L’équipe civilo-militaire  pluridisciplinaire a  adhéré au projet, sans retenue (entreprises, missions locales, mairies, associations, Région économique, etc…), parce qu’il était simple, concret, de durée limitée (6 à 9 mois) et  porteur d’un véritable engagement : être Français. 

Cette interrogation qui taraude aussi bien l’esprit de ceux et celles qui ont été les bénéficiaires et les «acteurs» de cette opération, que le public -nombreux- qui ne comprend pas. J’ai quelques explications à cette volte face ministérielle ou à ce désintérêt soudain.  

  • 1- En premier lieu j’ai lancé ce projet largement en «amont» («construction» en septembre 2004 et démarrage à la mi-avril 2005) de tout ce qui a été proposé depuis, à grands renforts médiatiques.
  • 2- Nous avons réussi à mettre ou remettre au travail ces jeunes en très grande difficulté en leur imposant, sans démagogie, un parcours « donnant-donnant » qu’ils se sont appropriés : « tu es notre dernière chance… ».
  • 3- Qu’un officier général obtienne des résultats probants dans le domaine social, et d’un coût moindre que tout ce qui est fait sans beaucoup de coordination , alors que ceux dont c’est le métier font moins bien a de quoi agacer!
  • 4- L’état-major de l’armée de terre s’est vigoureusement opposé au projet de peur de devoir concéder des effectifs pour encadrer la préparation militaire, progressivement élargie au territoire national. Le ministère de la défense engagé dans « Défense 2eme chance » ne pouvait nous appuyer sauf à donner le sentiment que son projet phare est un fiasco. La position de l’armée de terre arrivait à point nommé…

Pour faire simple : incongruité un général « dans » le social ! Jalousie : en plus il réussit ! Politique : il fait mieux que certains ténors… Il n’est pas facile d’avoir des idées novatrices et de les défendre; y a t-il une réelle volonté de les mettre en œuvre ? Pourtant je pense être en phase avec la volonté gouvernementale, telle qu’affichée…

Par E.R.
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"Le véritable lien armées-nation est quelque chose de trop important pour être continuellement exprimé. C'est quelque chose qui est évident que les gens n'y prennent plus garde, et ce sentiment ressurgi dans les moments difficiles, comme maintenant avec ces soldats tombés en Afghanistan. J'ai l'impression en revanche que les gens ne considèrent l'armée plus que périodiquement, dans des élans patriotiques similaires à ceux qu'on voit lors des coupes du monde ou des JO. Or l'armée n'est pas une équipe de football ou de rugby; l'enjeux est incomparable. Le lien qui vous est cher, Général De Richoufftz, existe, mais il est sommeillant, il se réveille périodiquement, mais pas tout le temps, du moins c'est mon impression. Dans tous les cas, je trouve votre travail très intéressant bien que je n'en aie consulté qu'une partie encore. Cordialement," Lorraine


"A Jacques : je suis heureux de cette réaction d'Emmanuel, qui n'a jamais hésité à mettre sa carrière (ou son commandement d'unité) en jeu pour défendre ses idées, et a pris les plus grands risques sans se cacher derrière l'anonymat. Le devoir de réserve, c'est clairement une obligation de ne pas faire état de ses divergences de vues pour l'intérêt du service. La règle est claire. Mais la règle de l'honneur et du sens de l'intérêt collectif est tout aussi claire, si c'est l'intérêt du service, et qui plus est du service public, qui est en jeu, l'obligation du fonctionnaire, qu'il soit civil ou militaire, est bien de remetttre publiquement sa démission pour ne pas entériner ce qu'il pense être un manquement ou dévoiement de la mission. Nos généraux anonymes se content de tirer la sonnette d'alarme sans remettre leur carrière en jeu. Sans doute pensent-ils que la situation n'est pas assez grave. C'est là qu'ils se trompent, et que leur démonstration finalement tombe à plat, faute d'être pleinement assumée. Hommage à ceux qui signent !" Pierre Bayle "Les Européens veulent des Droits égaux pour tous. Les Allemands revendiquent comme les Irlandais, les Français, les Hollandais ou les Espagnols le Droit de dire NON. SARKOZY saura t il les comprendre aussi ?" Sophie

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