Responsables?

Publié le par Général de Richoufftz

 

Après toutes ces semaines d’absence  je souhaitais vous confirmer que rien n’avait entamé ma détermination et n’allez pas penser que ce long silence serait du à une quelconque « désertion » de ma part. Non, tout simplement notre quotidien très chargé afin de réussir l’insertion d’une centaine de jeunes en entreprises avec de nombreux partenaires publics et privés, le lien armées-nation que nous développons au mieux des intérêts de notre collectivité nationale, notre contribution à des projets construits visant à redonner sens à des jeunes en déshérence, notre recherche de partenariats convaincus et déterminés auront largement occupés nos journées.


Et puis il faut bien avouer que les évènements marquants de ces derniers mois , la marche chaotique du monde associée à un emballement des évènements , l’application de politiques pour le moins hésitantes voire en déphasage avec  les opinions, des prises de positions à l’emporte pièce à seule fin démagogique, m’ont semblé des comportements en complet décalage avec la réalité. Ce monde qui s’emballe n’est -il pas devenu subitement fou ?


Qu’on en juge : le nombre des chômeurs qui ne cesse d’augmenter, les industries qui poursuivent « dégraissage » et délocalisation, une agriculture dégradée, l’insécurité qui  perdure, la justice qui est à la peine, une violence inégalée affectant la société, un incivisme latent, des promesse non tenues , des mesures reportées au-delà des échéanciers électoraux ,des questions de fond éludées parce qu’impopulaires,  sont sans doute la traduction du profond malaise qui affecte le citoyen électeur . N’a-t-il pas délaissé les urnes au mois de mars ?


Et que penser des pluies diluviennes, des inondation catastrophiques, des tremblements terres multiples, des incendies à grande échelle, des coups de grisous et des éruptions volcaniques , autant de phénomènes incontrôlables qui, depuis des mois, ont fait des victimes par centaines de milliers et démontrent s’il en était encore besoin que la nature reprend ses droits et que la technique ne peut pas réguler le monde… De fait les réponses des gouvernants de la Terre m’ont paru pour le moins bien incomplètes et sans doute bien en-deçà de ce qu’il eût fallu faire en terme de « Plan Marshall ».


Et que dire de ces déplacements constats de populations sous la menace, d’exactions commises à l’égard des réfugiés y compris dans les camps de l’ONU, des massacres quasi quotidiens et passés sous silence des Chrétiens, des intimidations de plus en plus fortes exercées à l’égard de cette même communauté sur tout les continents , si ce n’est se rendre complice de notre lâcheté collective. Quant à nos engagements militaires hors Hexagone, arrêtons une fois pour toute de les dénigrer : comportons-nous enfin en responsables!


Alors qu’il me soit permis, pour ceux et celles qui ne l’aurait pas encore fait, de prendre connaissance de cette missive. Je remercie cet officier d’une unité que j’affectionne tout particulièrement pour y avoir servi, de redonner tout son sens à l’engagement et nous faire partager ce qui anime le Soldat : la foi en son pays !

 

 

 



Lettre d'un capitaine commandant une compagnie du 2ème REP en Afghanistan, à l'occasion du décès du légionnaire Robert HUTNIK (tué le 8 avril 2010).


Supplique à un ami journaliste


« Cher ami,


La nouvelle tombe dans les media aussi vite qu’Hutnik est lui-même tombé. C’est le droit à l’information. La France doit savoir que meurent ses enfants, même s’ils le sont d’adoption, comme lui, Slovaque.

Tu le sais, je ne suis pas journaliste mais soldat. Je ne suis pas un professionnel de la communication comme toi. J’ai peu appris à relayer des informations d’une telle portée. C’est pourquoi il faut que tu m’aides. Il faut que tu m’aides, car j’ai le sentiment que dans la précipitation du spectaculaire, on le tue une deuxième fois. J’ai l’impression qu’on bafoue son patient travail avec son bataillon depuis trois mois - et pour lequel il est mort.
J’ai besoin que tu m’aides à faire sentir ce qui se passe réellement ici, à faire comprendre ce qui justifie que je laisse ma femme et mes enfants le long temps de cette mission. Que tu m’aides à proclamer que malgré sa mort ce n’est pas un échec. Que tu m’aides… plutôt que tu l’aides…


Hier après-midi, Hutnik a bravement accompli son devoir, sa mission jusqu’au bout, en bon légionnaire. Ce matin, le poste annonce : « un soldat français du 2ème Régiment étranger de parachutistes est tombé dans la vallée de Tagab en Kapisa, région où les Taliban sont toujours plus virulents ». Voilà. Ces derniers ont gagné. A la face du monde ils sont les puissants, incontrôlables et vainqueurs.


Mais en fait, s’est-on interrogé sur ce qu’il se passe réellement dans la basse vallée de Tagab ? Ce sud Tagab où aucun occidental ne pouvait passer sans de sérieux accrochages. Ce sud Tagab où deux de tes confrères ont été, il y a cent jours, enlevés. Ce sud Tagab que notre armement permettrait de mettre à feu et à sang.
Au contraire, Hutnik et ses camarades ont réussi l’incroyable pari de s’implanter dans la zone, d’y rester, sans heurts, d’y acquérir, progressivement, la confiance de la population, de confier, petit à petit, sa sécurité à l’armée Afghane plutôt que française. A quel prix ? Celui d’une stricte discipline au feu, d’une retenue des coups portés. Celui d’un certain dédain du danger, de ne pas répondre systématiquement et de manière aveugle. Accuser le choc, ne frapper que lorsqu’on est certain, cogner peu, mais taper à coup sûr, fort et ciblé, seulement alors qu’on l’a décidé. Etre sûr pour garder la main, préférer le feu rare mais précis, neutraliser seul celui qui nous tire dessus, en être persuadé et l’accepter.

Ce travail de mesure, de patience d’un Hutnik rongeant son frein à force d’encaisser paie. Les femmes et les enfants, les hommes eux-mêmes, constatent que les seuls coups assenés ne tombent que contre les vrais adversaires. Ils voient nos troupes sans volonté de détruire, maîtresses de leur force.
Alors qu’elle trouvait hier des combattants, Tagab l’insoumise cherche à présent son développement. Le travail du soldat est loin d’être terminé : il faut remonter plus au Nord vers ses camarades de l’autre groupement français, poursuivre son patient travail de pacification.


Derniers tirs sporadiques, Hutnik tombe. Hutnik tombe sous les tirs des derniers groupes insurgés présents. Hutnik tombe car les Taliban sont justement de moins en moins virulents.


Aussi, aide-moi à honorer la mémoire de cet ardent légionnaire. Qu’on ne gâche pas sa dernière tâche, qu’on ne gâche pas sa mort. Qu’on n’offre pas une victoire de communication à l’adversaire fébrile. Au contraire, avec tes confrères, appuyez le dernier combat d’Hutnik. Aidez cette population qui désormais, d’elle-même, dénonce l’insurgé. Je vous en conjure, parlez des projets d’essor qui peuvent et doivent être proposés au sud Tagab, évoquez la culture du safran qui pourrait remplacer celle du pavot, venez compléter l’œuvre de pacification par celle du développement…


… et laissez à Hutnik les fruits de son travail.


A...


à Tora, le 09 avril 2010 » 

 

 



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Ariane JAMET 09/07/2010 13:38



Bonjour Emmanuel, ancien d'un groupe de copains de ma jeunesse provençale (puis galère parisienne qqs années pour moi, avant une trentaine d'années professionnelles stables à Grenoble...),


Mon nom actuel ne te dira rien, et même le prénom est sans doute oublié depuis les années aixoises insouciantes avec Geneviève et d'autres dans notre groupe d'amis étudiants. Je vois que tu as
très bien réussi, Général multi-étoilé, et que ta "grande gueule" idéaliste ne se tait pas et n'a toujours peur de rien, bravo ! Dans des conditions non choisies (veuvage bis) j'ai élevé seule
mais avec enthousiasme un fils très sympa, artiste-plasticien, qui a 22 ans et une tête saine malgré l'époque... La vie au pays de Bayard, de Lesdiguières et de Stendhal est riche de culture
universitaire, militaire (27e Div. Alp.) et montagnarde... Retraitée, j'offre mon aide linguistique et rédactionnelle sur le Campus à des thésards étrangers méritants.


Si ma "bouteille à la mer" t'arrive...tant mieux. Bien amicalement, et sincèrement bonne chance perso et familiale dans tous les cas. Ariane J.



Bucéphale 25/05/2010 19:02



Impossible de me laisser écraser par la fatalité...et le reste.



Lepen 25/05/2010 17:59



En tous cas, votre style et votre modestie ne manquent pas de style.


N.b: Prenez un pseudo pour vous exprimer: c'est pas une fatalité de se laisser écraser sans rien dire vous savez...



maruffy 24/05/2010 19:27



Argumentaire? Mais pourquoi faire? L'évidence s'impose à celui qui observe et réfléchie, en toute humilité et modestie. Le soldat: pour qui meurt-il? Vous en connaissez la réponse. Je m'exprime
simplement en tant que citoyen, sans quoi c'est la censure; et j'en ai le droit sur ce blog. A défaut de quoi, je m'effacerais en silence.


Pour les explications, je préfère la tradition orale, chère à nos Anciens. Je suis donc votre serviteur.


Bien à vous.


ChM.



Lepen 24/05/2010 16:13



ChM. ; vous nous aideriez beaucoup si vous pouviez argumenter un tant soit peu votre position bélliciste... Sachant que sous les bombes, y'a des gens. Merci et évitez de vous faire manipuler:
tuer ou se faire tuer, ici ou ailleurs, c'est suffisament grave pour savoir précisément pour quoi et pour qui on y va.


Rappel: le job d'un soldat, c'est d'obéïr, celui d'un -vrai- journaliste, c'est d'informer librement.


j'attend votre réponse.


Bien à vous.
Lepen.