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Ils étaient tous là, anciens et vétérans, civils et militaires, représentants des associations et porte drapeaux , anonymes et personnalités, détachements interarmées, pour rendre un dernier hommage de la nation à un combattant hors pair : le général Bigeard.
Il aura marqué plusieurs générations de soldats tant par sa manière d’être et de se comporter comme chef de guerre que par un engagement sans faille et de tous les instants pour son pays et sa patrie : une parcelle de notre histoire collective s’en est allée, un 18 juin.
La cathédrale des soldats et la cour d’Honneur des Invalides, baignée de soleil , accueillait en ce mardi 22 juin en fin de matinée, dans un silence recueilli, la dépouille de celui qui fut incontestablement le plus célèbre de nos chefs parachutistes : il a su donner une âme à ces unités hors pair. C’était au siècle dernier…
Parmi les hommages rendus, je souhaitais vous faire partager celui du Gouverneur militaire de Paris.
« Mon général,
Vous qui durant toute votre carrière avez eu à décider et à commander, vous n’avez aujourd’hui pas eu d’autre choix que
d’être ici présent ! Vous, le Lorrain attaché à sa terre natale, vous le citoyen fidèle à sa ville de Toul, vous n’aviez pas d’autre choix que d’être présent, ici aux Invalides,
dans cette cathédrale qui depuis trois siècles est celle des soldats, et dans la cour d’Honneur, Panthéon des grands serviteurs de la France.
Vous n’aviez pas d’autre choix, car, jeunes et moins jeunes, nous sommes tous réunis ici dans ce lieu à la fois mythique et mystique, pour vous adresser d’une seule voix un dernier adieu et un ultime hommage à la fois à vous et à tous vos compagnons d’armes, ceux que vous avez commandés, estimés, aimés, épargnés, défendus, magnifiés !
Vous n’aviez pas d’autre choix, car en vous rendant hommage, nous rendons hommage à ceux qui, comme vous, se sont battus
courageusement en 1940, ont subi l’amertume de la défaite et l’humiliation de l’internement, puis, sans jamais baisser les bras, ont pris le risque de s’évader pour poursuivre le combat dans
le maquis !
Vous n’aviez pas d’autre choix, car en vous rendant hommage, nous rendons hommage aux combattants d’Indochine, à ceux qui, comme vous, se sont battus, sentinelles avancées du monde libre, ont connu la joie de la fraternité d’armes, l’ivresse de la victoire, mais aussi le deuil des compagnons disparus, la souffrance de Dien Bien Phu et la désespérance des camps d’internement .
Vous n’aviez pas d’autres choix, car en vous rendant hommage, nous rendons hommage à tous les combattants de la guerre d’Algérie, qui, là-bas comme le sergent-chef Sentenac, ont laissé leur corps et sacrifié leur vie, et à tous les autres qui en sont revenus, marqués à jamais dans leur âme blessée .
Vous n’aviez pas d’autres choix, car en vous rendant hommage nous rendons hommages à ceux qui, comme vous dans toutes vos fonctions même les plus élevées, ont voulu rester au service du pays, pour reconstruire une armée nouvelle, faisant face alors au pacte de Varsovie, époque difficile s’il en fût où le pacifisme ébranlait même les portes des quartiers militaires .
Vous n’aviez pas d’autres choix, car en vous rendant hommage, nous rendons hommage au vieux soldat et à l’ancien combattant, qui au soir de sa vie, lorsque ses forces physiques s’amenuisent, continua de servir son pays en partageant ce qui l’a fait vivre et combattre et continua de témoigner jusqu’à l’extrême limite de ses forces !
Vous n’aviez pas d’autres choix, car en vous rendant hommage, nous rendons hommage, à tout ce que vous nous avez enseigné, que la vie est un combat, que tout se conquiert et se défend, que rien n’est jamais donné, ni acquis pour toujours, mais surtout qu’au-delà du courage et de la conviction, au-delà de la force et de la fraternité d’armes, il faut garder toujours intact cette flamme secrète et intérieure que nous appelons l’espérance !
Merci, Mon général, pour votre baroud ! Merci pour ce dernier baroud ! Adieu Bruno ! »
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