Les bruits les plus alarmistes courent depuis plusieurs semaines concernant le devenir de notre Défense. Ils alimentent les conversations dans les popotes, traduisent un mal être du Corps consécutif à des prises de position gouvernementales à propos d’un re-dimensionnement de nos armées c’est à dire une diminution attendue des effectifs, instillent doute et incertitude sur l’avenir de la « profession », font naître une sourde inquiétude dans les cœurs et les esprits. Au delà de la brutalité des effets d’annonce, des fuites parfaitement orchestrées et rapportées par la presse, des interrogations sous-jacentes quant aux solutions qui seront, non pas choisies, mais imposées par des commissions ad hoc et autres cellules dédiées, il faut se rendre à l’évidence: le couperet budgétaire donnera raison aux pourfendeurs de l’institution. C’est tout à fait compréhensible...
En effet les armées étaient encore considérées, il y a peu, comme l’ultime assurance du pays, dernier rempart de la nation en armes, qui auraient eu à affronter un ennemi conquérant.
L’effondrement de la puissance militaire soviétique il y a près de vingt ans, la zone européenne devenue havre de paix en l’espace d’une génération avec les adhésions successives et sans retenue de pays autrefois belligérants, et la mondialisation qui renforce encore les relations pacifiées entre les peuples, apportent d’autre perspectives aux Etats tout en modifiant le paysage stratégique dans lequel évoluait nos armées. Ainsi la guerre n’est plus, aujourd’hui et pour longtemps encore, la poursuite de la politique par d’autres moyens comme le décrivait Carl Von Clausewitz. De fait, dans un contexte mondial totalement transformé, les armées ne peuvent plus avoir si ce n’est cette prééminence qui leur étaient accordée, voire l’influence qu’elles pouvaient encore exercer jusqu’à la fin des années soixante dix. Les évolutions stratégiques se conjuguent donc avec les attentes de nos gouvernants: diminuer la part du budget à consacrer à la Défense.
Toutefois il me semble essentiel que les économies à attendre d’un re-dimensionnement des armées, devenu nécessaire en raison des évolutions durables de notre environnement, ne soient pas prétexte, comme bien souvent par le passé, de n’être qu’une variable d’ajustement budgétaire sans tenir compte de la finalité de toute Défense: quelles capacités conserver pour quelle efficience ? Dans ces conditions, je crois que les questions qui méritent d’être posées avant que soient définis ou re-définis le modèle d’armée adéquat, les organisations afférentes et les moyens à mettre en œuvre dans un nouveau contexte stratégique devraient être : quelles sont désormais les véritables menaces pour nos sociétés ? Quelles missions doivent être dévolues aux tenants de la Défense ? Une défense purement nationale se justifie-t-elle encore?
Il s’agit bien d’un débat de fond à l’issue duquel l’outil militaire doit s’apprêter à n’occuper qu’un espace limité dans la vie nationale. Ce n’est pas nouveau. En trente cinq années nous avons connu une succession de transformations et de mutations au seul leitmotiv de faire toujours mieux avec toujours moins. L’exercice connaît ses limites toutefois. Comme un athlète qui perd sa mauvaise graisse pour ne conserver que ses muscles, notre pays prend le risque, demain, de n’avoir plus que la peau sur les os : aura-t-il encore la capacité de se battre ? Un pays désormais dans l’incapacité de disposer de moyens militaires lui assurant une autonomie, à défaut d’indépendance, qui recherche, vaille que vaille, dans un retour dans l’organisation intégrée ou dans la promotion de la défense européenne, les conditions – à coûts minima pour lui - de pouvoir exister comme puissance militaire demeure un sacré pari sur l’avenir !
Il s’agit non pas de promouvoir le bien fondé de ce qui pourrait apparaître comme une évolution de plus mais bien d’accepter une véritable révolution politique et stratégique qui puisse permettre à nos armées d’épouser leur temps et d’anticiper les menaces à venir. Se fondre, à terme, dans une coalition militaire qui fait référence - l’OTAN - et qui correspond sans doute le mieux à la défense de nos intérêts nationaux et à la sauvegarde d’une partie de nos capacités militaires. La marge de manœuvre de cet aggiornamento est plus qu’étroite: espérer continuer de faire demain, avec moins encore qu’aujourd’hui mais avec d’autres…
On comprend alors que les hommes et les femmes sous l’uniforme, engagés sans réserve à la défense de notre patrie avec un quotidien bien souvent ingrat, et des lendemains incertains, puissent avoir le blues.
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