Assez!

Publié le par Le général de Richoufftz

Depuis dimanche nous voici donc replongés dans la violence gratuite, et rattrapés par  la réalité, terrible parce qu’inévitable. Il en sera ainsi parce que ni les pouvoirs publics, ni la représentation nationale ne semblent vouloir prendre la pleine mesure de notre incapacité collective, depuis plus de 25 ans, à apporter des solutions concrètes à un double défi: une politique d’intégration marquée par son échec patent et notre incapacité à réguler les flux migratoires, en particulier ceux du Maghreb et de l’Afrique Noire, alors que nous n’avons plus les moyens, depuis longtemps, d’accueillir dignement des populations en recherche de travail et insuffisamment qualifiées. Les Trente Glorieuses, période économique faste qui avait pu « absorber » sans état d’âme des dizaines de milliers de  travailleurs - et par là même autant de prétendants à la citoyenneté - ne sont plus qu’un lointain souvenir !

Dans ces conditions ce sont bien pêle-mêle les sentiments d’échec, de frustration, d’incompréhension, de désespoir, de mal être à l’égard du pays d’accueil qui taraudent les esprits et les cœurs des générations montantes ; elles s’estiment laissées pour compte et sont les ferments sous-jacents d’une sourde révolte latente. Et tous les prétextes paraissent pouvoir être saisis pour qu’elle éclate, la justification de la violence trouvant alors ses racines dans un mal être devenu insupportable pour toute une frange cantonnée à un quotidien peu reluisant, en marge du progrès !

Ce nouveau « coup de chaud » n’est pas autrement surprenant compte tenu du terreau que nous avons laissé s’instaurer depuis des décennies et de l’absence de mesures marquantes afin de s’attaquer aux racines du mal ! Tout au plus des mesurettes prises au gré des évènements et de la politique spectacle,  davantage des pis allers pris sous la contrainte de la rue que des solutions pragmatiques aux buts clairement définis ; le nombre sans cesse croissant des structures en charge de la politique de la ville, le morcellement des responsabilités et des sources de financement dédiés comme les strates administratives - mille-feuilles castrateur des énergies -  témoignent, hélas, d’une réalité bien française : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué !
Dès lors, les promesse réitérées de mise ou de re-mise au travail ne peuvent être tenues, l’égalité des chances présentée comme potion miraculeuse demeure une utopie,  l’accès à la citoyenneté un leurre …

Il est plus que temps de réagir. En effet, faute d’avoir acquis les règles essentielles qui dictent notre conduite de citoyen – celles, quasi millénaire, de notre Etat Nation -, d’en refuser les contraintes voire de se complaire dans une certaine marginalité de fait , d’en contester le bien-fondé, de ne se gaver que des « droits » que notre République, bonne fille, octroie à chacun et d’en refuser, voire de contester, les « devoirs » qu’implique notre appartenance à la collectivité nationale, une partie du corps social a d’ores et déjà fait sécession.

Bien souvent en marge, vivant de trafics lucratifs, solidement implantées dans des territoires sous contrôle, disposant d’affidés en nombre, de plus en plus jeunes, à la fois hommes de mains et complices, jouissant par là même d’une impunité quasi totale en raison de la menace qu’ils font peser sur leur entourage et sur ceux de nos concitoyens les plus faibles, ces bandes se sont arrogées des fiefs sur lesquels elles exercent leurs activités rémunératrices. Autant de « zones de non droit » connues, répertoriées, maintes fois dénoncées mais maintenues en tant que telles pour des motifs qui échappent à l’entendement, qui sont une véritable poudrière au cœur de la Cité.

Ce sont ainsi plusieurs dizaines de sites, hors la loi, que nous avons laissé s’installer depuis des décennies. Leurs « propriétaires », « businessmen » de la drogue et acteurs omnipotents sur les marchés parallèles, et dérangés dans leur quotidien, apparaissent bien les fauteurs de trouble dont on observe les exactions et les méthodes.

Bénéficiant de l’appui « spontané » de groupes prêts à en découdre avec les forces de l’ordre, ils organisent les échauffourées en véritable professionnels du combat urbain : petits groupes très mobiles et connaissant parfaitement la géographie des lieux, organisation et coordination des actions de harcèlement, discipline des « combattants » de la nuit, adaptation constante de la tactique à opposer aux policiers, utilisation des complicités réelles ou forcées, caches et dépôts constitués en préalable à l’action, intrusion dans les réseaux radio de « l’adversaire », donnent une autre dimension à des manifestation de quartier de naguère qui n’en sont plus. Nous avons désormais à faire à des professionnels de l’émeute en banlieues, aguerris et  assurés qu’ils étaient, jusqu’à présent, de pouvoir agir en toute impunité.

L’utilisation de fusils de chasse préfigurant, ne sait-on jamais, l’emploi d’armes de guerre dont on connaît la présence, en ces lieux désertés par la police, transforme radicalement le face à face . Il s’agit désormais non plus de « casser du flic » pour le « fun » comme ils disent, mais bien de tuer des représentants de la force publique! Un nouveau pas vient d’être franchi au cours de ces quelques heures : la défense d’un « pré carré » acquis grâce à la violence, aux trafics et aux extorsions de fonds justifie donc l’emploi d’armement comme outil et le meurtre comme finalité. C’est une nouvelle escalade : celle des bandes organisée, incrustées au cœur de la Société, avec la guérilla urbaine comme mode d’action et la banalisation de la mort comme leitmotiv.

Atermoiements, hésitations, reculades, faux fuyants ne sont plus de mise ! Eteindre à tout prix le feu qui menace, et quel qu’en soit le prix, devient la priorité de l’Exécutif. Seule la force de l’exemple - l’éradication, sans attendre, des zones de non droits - pourra redonner confiance à la majorité silencieuse qui fait la France.

Publié dans Coups de gueule...

Commenter cet article

SP 15/03/2008 22:24

Pardon pour le lapsus ci-dessus, je voulais dire tolérance politique et non volonté politique.

Stéphane Peucelle 15/03/2008 21:55

Je vois que tout le monde est d'accord: répression sans attendre. Et, bien que tout le monde soit d'accord, pas grand chose ne se passe, la police n'a toujours pas les prérogatives qu'elle devrait avoir pour que tout ceci cesse. Les zones de non-droit sont toujours là, les policiers sont dégoûtés. Combien de temps cela va t'il encore durer? La limite de l'acceptable a été largement franchie. Je suis pour une répression totale et sans pitié. Nous n'avons plus le temps de faire du social et de la psychologie. C'est la vie de toute la population qui est maintenant pourrie par les délinquants. Si on ne frappe pas vite et fort, des groupes mieux armés et mieux organisés vont effectivement profiter du désordre pour s'installer. Y a t'il un autre pays au monde où l'on brûle des milliers de voitures sans répression sanglante? Pas à ma connaissance. Après des années passées à l'étranger, je ne reconnais plus mon pays, qui est devenu irrespirable. Que reste t'il de l'art de vivre français, de la qualité de vie que les Anglo-Saxons nous enviaient tant? Plus grand chose.
Alain Bauer mentionne dans son livre sur les violences urbaines, que finalement ces zones de non-droit ne sont pas le fruit du hasard, mais bien une volonté politique d'avoir ces zones de décompression où tout est permis. Dommage pour ceux qui y habitent et qui ne sont pas délinquants. Inquiétant...

Jacques Heurtault 09/12/2007 09:58

J'étais aux Etats Unis lorsque j'ai appris l'existence de ces émeutes. Ces évènements ont eu droit au "prime time" des actualités télévisées sur la chaine PBS, à 6h00 du matin (heure normale pour les actualités matinales sur cette chaine; on se lève tôt en Floride). Ces évènements bénéficiaient d'une couverture exceptionnelle. Nous nous sommes dit, mon épouse et moi-même, que c'était à nouveau comme en Novembre 2005.Pour l'instant, n'ayant pas le recul, je ne puis apprécier comme il faut la situation.Je sais par contre une chose : la REPRESSION sévère s'impose! Peu importe le nombre de morts chez les incendiaires d'écoles, d'usines, de commerces, de voitures, etc ...!Je soutiendrais sans réserve toutes les initiatives responsables qui seront prises dans ce sens ... Je ne puis aller au delà car je ne suis pas un spécialiste des moyens adéquats à mettre en oeuvre pour rétablir l'ordre REPUBLICAIN. Je fais confiance au Gouvernement qui a besoin d'être soutenu.

Luc 04/12/2007 12:45

J'attends les propositions des uns et des autres avec impatience en tout cas. Comment résoudre ce problème? N'est-ce pas trop tard? Quelle politique d'intégration pour demain? François Duran j'ai lu avec grand intérêt votre article que j'ai trouvé très intéressant!

Marion Blanche 04/12/2007 12:41

Je suis d'accord avec Luc...faire intervenir l'armée ne me parait pas un solution rationnellement envisageable!!