Les non-dits.

Publié le par Le général de Richoufftz

Cette fois ça y est, les ténors politiques les plus connus, adoubés par leurs partis et les militants rassemblés, assurés de disposer des signatures requises pour compter parmi les « happy few » du premier tour, se sont lancés dans la bataille électorale. Pas de grande surprise au demeurant; les visages des prétendants sont tous connus du grand public ou à peu près, quoique certains plus marqués que d'autres par l'emprise du temps, et les discours comme les prises de position, sans véritable surprise.
Comment pourrait-il en être différemment d'ailleurs, dès lors que le succès paraît assuré pour celui qui aura su « ratisser le plus large » c'est-à-dire pour celui qui aura arraché une adhésion consensuelle autour d'un projet politique que l'on décrira comme le plus « soft » possible et des actions que l'on évoquera du bout des lèvres histoire de ne pas effrayer un électorat, dubitatif pour le moins.

En écoutant ou du moins en essayant d'entendre les quelques idées forces des uns et des autres, davantage murmurées au détours de confidences radiophoniques matinales qu'énoncées clairement, j'en viens à me demander si la réalité du pays n'échappe pas au regard de ceux là même qui souhaitent prendre en charge notre destin collectif ou s'ils feignent l'ignorer.

Ainsi, à la fois bon sens et courage, vérité et anticipation, ne seraient-elles que des qualités en voie d'extinction ? À tout le moins je reste sur ma faim quant à notre avenir collectif, les moyens qu'il faudrait consentir pour « raser gratis »-car c'est un peu de cela dont il est question !- et  les sacrifices que nous devrions consentir -des devoirs et non exclusivement des droits !- afin de préserver un avenir un tant soit peu décent pour nos enfants. C'est bien de faire des promesses à condition de les tenir, de parler de limiter les dépenses de l'Etat sans s'attaquer à notre dette abyssale, de vouloir tenir un rang sur la scène internationale mais sans en avoir les moyens désormais. C'est un peu l'impression qui prévaut malheureusement.


Compte tenu de ce que nous connaissons de notre économie confrontée à une concurrence effrénée, non plus au seul plan européen mais à l'échelle mondiale désormais, de ce que nous savons de l'état de nos finances publiques et du « boulet » de notre dette collective que nous paraissons incapables de juguler, de notre incapacité à engager la moindre réforme salutaireportant tant sur la réforme de nos institutions que sur l'adaptation de nos structures administratives, et tétanisés à la seule idée de repenser totalement notre politique d'intégration -échec patent de toute une génération aux « affaires »-, les annonces des uns et des autres ne me semblent qu' «un cautère sur une jambe de bois ».


Dizaines d'automobiles incendiées chaque jour depuis des années, bus et transports en commun « attaqués», conducteurs et passagers molestés, pillages organisés de magasins et de grandes surfaces, intimidations et menaces sur les personnes, règlements de compte et voies de fait sur un voisinage craintif, lycées et collèges en « zone sensible » vivant au rythme des « coups de sang », quand ce ne sont pas de véritables batailles rangées opposant « jeunes » aux forces de l'ordre, zones de « non droit » laissées en coupe réglée de bandes organisées. Et puis que penser de cette recrudescence du « voile islamique » au détour de nos villes: marquer sa différence ou révolte sous jacente ? Autant de « signes » quotidiens inquiétants et passés sous silence -à dessein ?- sauf lorsqu'un certain seuil de violence paraît avoir été dépassé en terme de véhicules brûlés par exemple entraînant par là une certaine réprobation collective se traduisant par un « plus jamais ça !», bien vite retombée. Pourtant c'est bien le sujet de l'intégration ou plus exactement la question de fond - être Français au XXI ème siècle - qui devrait sous-tendre toute la réflexion politique du pays. Comment donner ou re-donner un sens à notre action collective, comment recouvrer une citoyenneté vraie, enfin débarrassée de ses idéologies éculées, et toute entière tournée vers l'avenir ? Comment donner ou re-donner confiance à cette partie de notre jeunesse désespérée qui, prétextant bien souvent l'échec de l'intégration de ses parents, confie son destin aux marchands d'aventures ? Comment  donner ou re-donner espoir, tout simplement ?

Dans ces conditions c'est bien en plaçant le citoyen -être Français- au coeur du projet politique et en déclinant ce dernier en autant d'actions et de réformes indispensables, compréhensibles et comprises, donc acceptées,
que les candidats pourront acquérir leur légitimité d'homme d'Etat.

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pierre bayle 07/02/2007 21:39

Cher Emmanuel, je me demande si la question de l'intégration telle que vous la formulez n'est pas plutôt celle de l'appartenance de l'individu dans une société éclatée, donc celle de l'identité ? En ce sens, les jeunes issus de l'immigration ne sont pas radicalement différents des jeunes issues de familles françaises plus classiques, et je serais prêt à parier qu'il y a autant de "Français de souche" que de "Français de branche", pour reprendre une expression de Ségolène Royal, parmi les jeunes délinquants et autres incendiaires de voiture.
En ce sens, je vous invite à réfléchir sur deux axes : d'une part les idéologies trop unanimenent condamnées ont laissé un vide sidéral, et le libéralisme se survit à lui-même comme réalité socio-économique à défaut d'occuper le terrain des idées, ce qui n'est pas sain et laisse les jeunes d'aujourd'hui particulièment mal outillés pour mener un débat quelconque, voire une réflexion personnelle ; d'autre part le référentiel français est insuffisant à répondre à un environnement de plus en plus européen, même si  nous avons du mal à occuper cette nouvelle dimension. A vous !
Cordialement, Pierre
 

nico 07/02/2007 13:07

l'immigration future notre problème:http://pierrebayle.typepad.com/pensees_sur_la_planete/2007/02/limmigration_ve.htmlc'est un article de M. Bayle sur le rapport entre changements climatiques et immigration...le résonnement peut paraitre surprenant mais très intéressant!Nico

w.G 07/02/2007 13:02

je pense aussi qu'il faut redonner un sens au terme "etre francais" mais ne suis pas sûr que ce soit la clef de cette élection...Certes beaucoup de problèmes en France sont dus à un grand problème d'immigration (je pense à l'insécurité récurrente, la montée des communautarismes, le problème du chomage...) mais il ne faut pas oublier que les immigrés font intégralement partie de cette France, multiculturelle et métissée. Certes il faut savoir donner un sentiment d'appartenance aux populations issues de l'immigration (n'est ce pas trop tard?) mais il ne faut pas non plus croire que ces immigrés rejettent tous nos valeurs! Ca serait un peu simpliste.W.Gautri