Ponts-quoi faire?

Publié le par E.R.

Les différentes manifestations commémoratives marquant la fin du second conflit mondial sur le continent européen, ont été célébrées un peu partout en France et en particulier à Paris. Prise d'armes le 8 mai en fin de matinée sur la place de l'Etoile en présence du président de la République, chef des armées, Ravivage de la Flamme et dépôts de gerbes au tombeau du soldat inconnu, le 7 en fin d'après-midi, et fin des cérémonies à ce même monument le 8 à 18h30 sont quelques unes de ces marques de considération que la Nation porte à ceux et celles  de nos anciens combattants encore présents, soixante et une années après.
Des « anciens », de moins en moins nombreux au fur et à mesure que le temps fait son oeuvre, reconnaissables à leurs décorations qu'ils exhibent fièrement et portant la coiffure de leurs formations aujourd'hui dissoutes, porte-drapeaux peinant sous le vent avec leurs emblèmes mais se présentant encore  aux autorités sans l'ombre d'une hésitation, les habituels « corps constitués » ainsi que les autorités civiles et militaires, les soldats en arme représentent le « gros » du public...clairsemé.

Le temps a fait son oeuvre -l'oubli-, les jours fériés et autres « ponts » sont devenus la priorité de nos concitoyens qui s'excluent de cette célébration en commun, quant à l'enseignement de l'histoire -entre fierté et repentance- il n'est plus à même de façonner nos âmes à partir d'un « vécu » collectif chargé de gloire, de sacrifices, de peines et de souvenirs.
8 mai, 11 novembre, 14 juillet, libération de Paris, commémorations de fins de conflits multiples et variés, de victoires comme de défaites, célébrations militaires pour des faits d'armes, journées dédiées à des souvenirs particuliers et sensibles de notre histoire, sont autant de manifestations patriotiques qui cadencent à un rythme soutenu, depuis des décennies, notre vie nationale. Mais le nombre de ces manifestations comme la multiplication des commémorations qui leur sont liées n'est-il pas porteur d'un désintérêt croissant de la part des générations les plus jeunes ?

Trop nombreuses pour en déterminer une quelconque priorité, trop fréquentes donc peu compréhensibles pour l'opinion, inaudibles pour nos enfants faute d'explications claires, ces commémorations répétitives ou ressenties comme telles « ringardisent » nos anciens au lieu de promouvoir leurs sacrifices passés, détournent les citoyens de leur histoire en raison d'un émiettement des célébrations et des responsabilités, et participent de cette incompréhension latente entre nos concitoyens et leurs élites.
Aussi, à une période difficile pour notre pays, dans lequel de nombreux clivages se font jour, ne conviendrait-il pas de revoir notre façon de faire, et de bâtir les règles du souvenir sur des  bases qui soient compréhensibles par le plus grand nombre tout en redonnant du sens à nos manifestations patriotiques ?
S'il est vrai qu'un certain nombre d'avancées ont été faites en directions des jeunes générations grâce à l'action des uns et des autres- ministères concernés par le « souvenir », élus, associations, militaires d'active, anciens combattants...- il n'en demeure pas moins que nous devons nous poser la question: et maintenant ? En effet la coordination manque, les manifestations patriotiques se font parfois « à la bonne franquette » sans beaucoup de moyens, les bonnes volontés existent mais en ordre dispersé, et faute de poser un regard d'ensemble sur ce qu'il conviendrait de faire, collectivement, nous risquerions de perdre les derniers maillons qui nous relient encore à notre histoire.
En partant du constat que nos célébrations s'effectuent peu ou prou lors des périodes de congés scolaires- d'ailleurs attribués à l'occasion de ces commémorations- et qu'en conséquence l'absence des jeunes-« cible » éducative à privilégier- ne sera pas sans conséquence à terme: - une perte de mémoire-. Il s'agit donc de « recentrer » cette action du souvenir de manière forte et sans ambiguïté.

A mon avis pas plus de deux journées annuelles, l'une en fin de premier semestre scolaire -le 2 décembre ?- l'autre pouvant se confondre avec la célébration de notre fête nationale.
Disposant ainsi de deux « journées souvenir », il conviendrait  alors de fixer en début d'année A-1, au plan national, la « représentation » souhaitée pour l'année A -que commémore-t-on en priorité ? Quel sens et quelle force donner aux actions conduites de façon décentralisée ?- en y associant l'ensemble des parties prenantes sous la direction du ministère des anciens combattants.

Bien sûr, l'éducation nationale se retrouverait ainsi en « première ligne » de manière à ce que les cours dispensés mettent en exergue la période de notre histoire que nous célébrerions, ensemble, au cours de ces deux journées choisies. Une manière de retrouver progressivement nos racines en donnant un véritable sens à des manifestations qui, aujourd'hui ne drainent plus guère de monde? Et puis il ne serait pas illogique que les journées spécifiques consacrées au 11 novembre, au 9 mai, voire à la libération de Paris disparaissent en tant que telles pour être intégrées dans le « programme » à venir. En effet, nos derniers « poilus » ont disparu, l'Europe se construit grâce à la réconciliation avec l'Allemagne, et le 60eme anniversaire de la libération de Paris fut le point d'orgue de l'année 2005 : pourquoi donner l'impression de ressasser ?
Je ne serai pas complet si je n'évoquais pas le rôle des médias et de la télévision dans cette approche historique et ce devoir de mémoire à l'échelle de la Nation : il est capital. Il y a bien longtemps que ce vecteur se montre soit silencieux soit polémique concernant notre passé.

Je sais que de telles propositions, incomplètes certes, risquent de bousculer les habitudes ; mais il y va de notre avenir et du regard que nous devons porter sur nos « anciens », de moins en moins nombreux. C'est aussi cela être Français !

Publié dans Coups de gueule...

Commenter cet article

11/05/2006 16:02

ma grande soeur je suis tout à fait d'accord avec toi et on ne t'en tiendra pas rigueur pour le "s"...vul

Laurence Fournier 11/05/2006 15:55

merci d'ajouter un "s" à individualiste...

Laurence Fournier 11/05/2006 15:52

Cher papa, je suis bien d'accord avec vous mais votre idée sous entend de repenser les programmes de l'EN et ça , ce n'est pas gagné! Savez vous que nous ne pouvons enseigner l'histoire qu'à partir de la classe de CE2! autrefois nous commencions dès le CP ! Pense-t-on sans doute que les enfants d'aujourd'hui sont plus bêtes qu'hier ! Je préfèrerais, pour ma part, enseigner davantage l'histoire de notre pays plutôt que le "vivre ensemble" (quelle foutaise !) la sécurité routière, la politesse, la lutte contre l'obésité...mais n'ont-ils donc pas de parents???Cela vaudrait mieux que de longs discours sur les principes républicains dont on nous rebat les oreilles au point que nous ne sachions plus vraiment ce que cela veut dire !
Le devoir de mémoire devrait être relayé avec autant de force pour nos anciens poilus que pour d'autres causes (esclavage, extermination des juifs).Ils le méritent, sans eux, nous ne serions pas ici. Notre confort de vie nous a rendu terriblement individualiste et totalement indifférents au bien commun. Nous avons perdu le sens du sacrifice. Il n'y a qu'à voir le scandale soulevé par la proposition d'un jour ferié travaillé pour nos personnes âgées !! Quid de la fraternité ? N'est ce pas un principe républicain ?Nous avons oublié que l'humanité est une grande chaîne...Une société comme la nôtre qui refuse ses anciens comme ses enfants, qui ne transmet donc plus rien est une société qui meurt...
Pourvu donc que vous soyez un peu entendu
Bien à vous. Laurence
 
 

10/05/2006 11:33

je suis d' accord avec vous mon general,il y a trop de commémorations diverses...