Responsables mais non coupables !

Publié le par Général de Richoufftz

C’est bien loin d’être une embuscade, une mise hors de combat ne laissant aucune chance à une troupe prise au piège sur un terrain choisi par l’ennemi, une attaque surprise brusquée limitée dans le temps et dans l’espace. Pour qui prend le temps de l’observation, de « sentir » les éléments, de recueillir les informations comme les témoignages de ceux qui paraissent « en connaître », de comprendre les petits signes annonciateurs, on sentait « venir le coup » depuis des semaines voire des mois, il n’y a pas de doute…

Les mouvements divers, désordonnés et allant en s’accentuant, observés aux quatre coins de la planète, le ralentissement sans préavis de nombre d’activités sans véritable lien entre elles, l’accélération d’un sentiment général d’incertitude et d’inquiétude, les conciliabules des gens importants aux « manettes » lors de colloques, forums et autres sommets qui émaillent la vie publique, les opérations de sauvetage engagées ça et là, le positionnement des techno structures dans la plus grande effervescence, les prises de position de dirigeants paraissant dépassés et impuissants, l’appel aux « réserves » dernier carré susceptible de reprendre le dessus témoignent que l’heure n’est plus aux tergiversations et autres faux fuyants. Au fait de quoi parlons-nous ? De nouvelles victimes militaires sur le théâtre des opérations afghan ? Certainement pas !

Il ne s’agit pas non plus d’un tsunami, résultant d’un quelconque volcan sous-marin, qui emporterait , en quelques minutes, plusieurs milliers de touristes recherchant soleil et farniente aux antipodes. Situation cauchemardesque certes mais apaisée aussitôt le flot passé. Dans le cas présent, il s’agirait plutôt d’un raz de marée puissant, continu, pénétrant, amplifié par des mouvement telluriques incessants, touchant l’ensemble des rivages de notre monde ramené brusquement à l’échelle d’un village, et qui se jouerait perfidement des digues successives montées à la hâte au fur et à mesure de la préhension des nouveaux  risques mais aussitôt balayées par la force des vagues, sans cesse plus destructrices et d’une constance inconnue jusqu’à présent. C’en est bien fini de notre quiétude de nantis, de l’ordre établi autour de la seule valeur qui paraissait recueillir tous les suffrages -l’argent- , de notre environnement forgé à l’économie de marché débridée : ce monde là, de mon avis , a vécu !

L’explosion de la crise que l’on avait soi-disant pas vu venir, la chute des économies en cascade, la panique associée sur l’ensemble des places boursières, la banqueroute à la clé, l’incapacité à mettre un frein à un emballement dépassant toutes les estimations, l’incertitude quant à la quantité exacte des sommes « polluées » qui seraient à l’origine de ce désastre - 700 milliards de dollars, 1400 milliards? qui dit mieux ?-, la perte de confiance générale pour un système devenu totalement erratique, des investisseurs dans l’expectative ou évanouis, des dirigeants politiques contraints d’agir sous la pression d’évènements qu’ils ne contrôlent pas, les grands maîtres de la finance mondiale dans l’incapacité de juguler l’effondrement d’un système dévoyé par des années de laisser faire dans la plus grande opacité, laissent augurer un avenir des plus sombre pour nos Etats.

En effet au-delà de la crise financière et de la banqueroute qui lui est associée, ce sont les économies qui, dans un premier temps devraient faire les frais de ce ras de marée avec des conséquences dont on ne mesure pas encore tous les effets. Rareté du crédit, fermeture d’entreprises, récession, accroissement du chômage, loyer de l’argent relevé, remboursement des emprunts des collectivités locales fortement accrus, dettes des Etats non comblées, augmentation des impôts et taxes, amoindrissement du niveau de vie de chacun seront sans doute les signes avant coureurs d’une crise aiguë dans nos pays développés s’inscrivant dans la durée sur fond de fracture sociale et de risques non négligeables en terme de sécurité. Et que dire du continent africain et des pays en voie de développement qui vont subir de plein fouet le « manque à gagner » humanitaires des nations riches se désengageant brusquement de la politique d’assistance pour laquelle elles s’étaient prononcées.

Ainsi économistes de tous poils, traders avides d’argent facile, banquiers en recherche de gains rapides, référents en matière de produits financiers novateurs et autres gourous d’un libéralisme débridé auront développé, en moins de vingt années, au mépris des règles de gouvernance les plus élémentaires et sans la moindre considération pour le plus grand nombre contraint de déposer son argent dans les établissements bancaires - chacun de nous en fait -, un monstre qui a échappé à ses géniteurs tout en « jouant » avec des fonds ne leur appartenant pas.

Docteurs Mabuse de la finance et pourfendeurs des grands équilibres qui faisaient la force et la renommée de notre économie de marché ils auront joué les apprentis sorciers, entraînant dans leur chute l’ensemble des citoyens que nous sommes. Or ceux-là mêmes qui tenaient le haut du pavé il n’y a pas encore si longtemps et qui faisaient la pluie et le beau temps du monde de la finance en nous assénant des vérités sur le bien-fondé de leurs opérations à risques, nous expliquant que le jeu virtuel auquel ils se livraient était la nouvelle économie, veau d’or à la portée des plus audacieux, sont les mêmes qui prônent aujourd’hui un retour des Etats dans la gestion des comptes, ultime barrage avant la désagrégation totale d’un système devenu sans contrôle.

Or à ce jour et au cœur de la tourmente, je n’ai encore entendu pratiquement aucun responsable financier se prononcer sur les principes de moralité, de probité, d’honnêteté, de responsabilité, d’éthique, de respect pour le citoyen qui n’a d’autre issue que de voir fondre son bien en attendant une solution que chacun devine : les citoyens paieront ! A aucun moment je n’ai entendu prononcer le mot « regret » de la part de quiconque : après le discrédit total et l’opprobre unanime, la faillite morale !

« Responsables mais non coupables », c’est tout à la fois une attitude et une prise de position que nous connaissons, hélas : c’est proprement insupportable !

Publié dans Coups de gueule...

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LAURENCE FOURNIER 23/10/2008 16:50

"L'idole est un leurre, car elle détourne son serviteur de la réalité pour le cantonner dans le royaume de l'apparence.(...)Tentation d'idôlatrer un avenir qui n'existe pas encore, en croyant que, par ses seules forces, l'homme réalisera le bonheur éternel sur la Terre ! Saint Paul explique aux colossiens que la cupidité insatiable est une idôlatrie et(...)rappelle que l'amour de l'argent est la racine de tous les maux. Pour s'y être livrés "certains se sont égarés loin de la foi et se sont infligés à eux mêmes des tourments sans nombre (1Tm6,10)". L'argent, la soif de l'avoir, du pouvoir et même du savoir n'ont ils pas détournés l'homme de sa Fin véritable, de sa propre vérité?" Benoit XVI, Homélie de la Messe des Invalides,le 13/09/2008Et bien voilà nous y sommes....Et maintenant ?

Lepen 18/10/2008 15:36

Pour répondre à G.T, on doit répondre à un double défi, tant structurel qu'idéologique: il ne sert à rien de promouvoir un représentant de plus à l'assemblée censé défendre nos idées s'il doit subir le sort du reste du bataillon des parlementaires, aux ordres de l'exécutif, lui même à la botte des multinationales.Ce sont donc les idées, mais également leur cadre d'expression qui doivent être repensées afin d'aboutir à un moyen fiable pour défendre les intérêts du peuple français.Il faut raisonner "para", se montrer manoeuvrier: si l'on envoyait le Général de Richoufftz à l'assemblée il se ferait broyer d'une manière ou d'une autre: pas assez francs-mac, pas assez corrompu pour y faire de vieux os...Bref, agir en marge d'une structure sociale vérolée à tous les étages. Pour eux, on est des extra-terrestres...La solution du blog alimenté par le vecteur vidéo est une première étape intéressante dont le succès appelle une deuxième étape qui permet d'aller au delà de la phase de transmission d'information (ce que l'on dit, la déréliction morale de la nation, e déclin économique, les gens le savent, car ils en souffrent au quotidien), pour entrer directement dans le rapport de force(leur proposer un moyen d'agir, de peser sur le cours des choses, sans risquer la mise au pilori par les gardes-chiourmes du système d'exploitation impérialiste à coup d'accusations de "fachisme" ou "d'antisémitisme").

ASMUND 18/10/2008 14:07

bonjour mon généralexcellent articlesouhaitons tous que l'homme soit de nouveau au centre du système .l'argent doit etre un moyen et non une fin .je préconise un projet de société basé sur :-l'entreprise enfin libérée de ses contraintes administratives et fiscales avec liberté d'embaucher ou de débaucher .-un revenu d'activité pour les moins qualifiés dans les associations.-un revenu d'existence pour chacun .christine Boutin préconise ce revenu d'existence les partis liberaux aussi .ce revenu d'existence est le seuil de sécurité de chacun .bien cordialementAsmund

G.T. 16/10/2008 13:22

Mon Général.A la lecture de vos différentes analyses et propos ( depuis la parution de votre livre..!), je partage largement la teneur de ceux-ci et pour différentes raisons, notamment parce que que je m'occupe d'insertion sociale et profesionnelle au coeur des banlieus (dites "chaudes") depuis plus de quinze années. Je suis à même de constater les dégats que vous dénoncez....et leurs auteurs 'coupables et de surcroit irresponsables', dirais-je....Je crois, mon Général qu'il serait peut-être opportun et temps de créer, peut-être pas un 'parti politique' ( mais pourquoi pas ?)... au moins un 'mouvement'  fédérerant les personnes qui partagent votre posture.Ce d'autant, que notre représentation 'politique' aurait très nettement besoin d'homme de votre qualité, de votre trempe (...!! ). Tant au niveau européen que national, voire local......Voilà, pour faire court et synthétique.Mes respectueuses salutations.G.T (un ancien coordinateur de l'action '105 permis').

Lepen 15/10/2008 13:58

Face à cet aperçu de ce que nous réserve la gouvernance de demain, à laquelle nous conditionnent journement nos "partis de gouvernement" (c'est ça leur job en fait), il est rassurant de retrouver de temps en temps un espace de libre expression permettant de partager un point de vue un peu plus humaniste, notamment le commentaire ci-dessus, qui épouse certains aspects de l'analyse du prix Nobel d'économie Maurice Allais. Mais notre problème à nous tous ici, c'est que nous envisageons ces solutions dans le cadre d'une démocratie chapeautée par des acteurs plus âpres au gain que portés sur le sort de leur prochain.Nous sommes confrontés à la puissance d'alliances financières internationales qui ont les moyens de court-circuiter les intérêts des peuples, pour servir leurs appétits à court-terme.Demander à nos politiques de faire tomber les têtes des responsables de cette catastrophe financière, c'est demander au sbire de frapper son maître.Au mieux, nous auront droit à des effets d'annonce, des coups de communication, qui permettront d'éponger la colère du peuple sans affecter les attributs des dominants.Si l'on veut appliquer ces solutions, il faut commencer par mettre en place un gouvernement qui défende nos intérêts.