Un lien vrai !

Publié le par Général de Richoufftz

Les diverses manifestations de soutien, sobres et d’une dignité remarquée, à nos soldats morts dans l’accomplissement de leur mission en Afghanistan, et le large soutien apporté tant aux familles dans la peine qu’à l’égard de nos blessés rapatriés dans nos hôpitaux militaires pour y être soignés témoignent d’un soutien sans faille de la classe politique, unie en la circonstance, et d’un élan patriotique partagé. Ce fut une émotion palpable de l’ensemble de la nation, une reconnaissance appuyée à l’égard de nos forces dont le Président de la République, chef des armées, s’est fait le porte parole.

Cet événement mérite que l’on s’y arrête car il y a peu encore, nombreux étaient ceux qui pensaient que la mise entre parenthèse de la conscription et la disparition du contingent, allait porter un coup fatal à ce que l’on appelle le lien armées nation ou Défense Société, sans savoir très bien ce qu’il signifiait vraiment mais en ayant confusément le sentiment qu’il était non seulement nécessaire pour le pays mais indispensable. Les appelés apparaissaient alors, du moins dans l’esprit des tenants de la conscription, comme le trait d’union entre la collectivité qui confiait ses enfants aux armées pendant dix mois et un encadrement considéré comme s’excluant de la collectivité qu’ils étaient pourtant censés défendre . Un état d’esprit pour le moins curieux et que j’ai contesté à de maintes reprises : les militaires d’active chargés de l’encadrement et de la formation n’étaient-ils pas d’abord des civils, et à quel titre leur dénierait-on d’assumer ce trait d’union?

De la même manière c’était oublier un peu vite que la moitié des éléments masculins d’une classe d’âge, les seuls concernés à l’époque du service, « échappait » à ses obligations militaires et que si nos représentants politiques se faisaient un devoir, davantage qu’aujourd’hui peut-être, de participer de façon ostentatoire aux diverses manifestations, ce n’était pas toujours sans arrière-pensées. Dispenses pour travaux des champs, soutiens de famille impromptus, rapprochements géographiques inconsidérés, réduction brutale de la période sous les drapeaux, exemptions diverses en cours de service, apparaissaient comme autant de gages à l’intention de citoyens électeurs, demandeurs de passe-droits. Un bureau, au ministère de la Défense, était en charge de ces opérations de « désertion sur commande ». Combien de chefs de sections, dont j’ai fait partie, ont-ils subi, à leur corps défendant, cette perte en ligne dépendant du bon vouloir des autorités? Que pouvait alors signifier le lien armées nation dès lors que les règles étaient doublement faussées ? Ces agissements ont contribué à discréditer, à mes yeux, ce lien. Il n’était que de façade…

Or, les unités et formations plus anciennement professionnalisées - les unités parachutistes ou la Légion étrangère en particulier- savaient plus que toutes autres, combien ce lien existait, bien réel et tout aussi discret, que ce soit dans la vie de tous les jours à l’égard de nos soldats et de leurs familles ou lors des moments particuliers de départs en missions qui unissaient dans une même ferveur civils, anciens et militaires quittant le sol national. Mais elles représentaient alors une minorité dans nos armées…

Un courant fraternel qui ne s’est jamais démenti et que chacun, à sa place, s’efforçait de vivifier au gré des mutations : il n’y a qu’à voir l’intérêt suscité à nos unités «  en campagne » lors des manœuvres en terrain libre - trop rare hélas ! -, les manifestations patriotiques ou les diverses présentations de matériels et de savoir-faire qui attirent nos concitoyens, de tous âges et de toutes conditions en quête de connaissance pour ce métier, pas comme les autres, et une certaine admiration pour ces acteurs sous l’uniforme. Quant au défilé du 14 juillet, le rendez-vous majeur des Français devant leur petit écran qui ne s’est jamais démenti.

Ce lien véritable, pour ainsi dire charnel, s’est manifesté, à plusieurs reprises en trente ans, lors de la disparition des unités pour cause de réorganisation : une prise de conscience véritable, un « ressenti » digne et bien réel.

Pour quelles raisons, ce lien , pré-éxistant au cœur de nos formations les plus anciennement professionnelles et partagé par nos citoyens, aurait-il eu besoin de chantres, rangés de la vie active, pour le promouvoir à plus grande échelle?

Cette attention toute particulière à l’égard de nos armées, sans ostentation, les prises de position, récurrentes, concernant la fermeture annoncée de bases ou de régiments, le soutien sans faille apporté aux familles des conjoints en opérations, les mille et un petits gestes fraternels dont elles sont l’objet au quotidien, l’écoute comme l’aide apportée lorsqu’il s’agit de retrouver un « job » après plusieurs années passées sous l’uniforme, l’implication fervente de nos concitoyens, anonymes, et communiant dans une même ferveur dès lors que nos armées traversent une épreuve telle que celle qu’elles ont vécues dernièrement, les prise de position des élus de terrain, les traits marqués par la peine, témoignent, je crois, de ce lien véritable : notre armée est bien celle de la nation !

Pour celles et ceux de nos concitoyens sous l’uniforme qui n’hésiteront pas, le cas échéant, à donner leur vie pour notre Patrie, c’est réconfortant !

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LENAIN 05/12/2012 08:05


Merci, à mes yeux une bonne analyse qui a du bon sens tout simplement, mais pour moi cela n'est pas réducteur,  car la majorité des analyses sur le sujets oublient l'essentiel et le bon sens


 

Lorraine me garde 26/09/2008 10:13

Le véritable lien armées-nation est quelque chose de trop important pour être continuellement exprimé. C'est quelque chose qui est évident que les gens n'y prennent plus garde, et ce sentiment ressurgi dans les moments difficiles, comme maintenant avec ces soldats tombés en Afghanistan.J'ai l'impression en revanche que les gens ne considèrent l'armée plus que périodiquement, dans des élans patriotiques similaires à ceux qu'on voit lors des coupes du monde ou des JO. Or l'armée n'est pas une équipe de football ou de rugby; l'enjeux est incomparable. Le lien qui vous est cher, Général De Richoufftz,  existe, mais il est sommeillant, il se réveille périodiquement, mais pas tout le temps, du moins c'est mon impression.Dans tous les cas, je trouve votre travail très intéressant bien que je n'en aie consulté qu'une partie encore.Cordialement,

Olivier Dejouy 19/09/2008 12:22

Mon Général,Comme d'habitude je partage votre analyse et votre sentiment.Peut-être cependant aurions nous pu éviter d'en faire un peu trop (déplacement des familles en Afghanistan...) montrant ainsi aux énnemis l'extrême sensibilité des Français et les désignants ainsi comme cibles privilégiées. Je crois savoir qu'à l'état major on n'apprécie que modérément ce deuil emphatique.Mais  en dehors de ça, que la nation soit solidaire de son armée est une excellente chose.Nous vous accueillerons avec le plus grand plaisir le 11 octobre à notre journée citoyenne qui se tient à Versailles pour aborder la question du lien armée Nation.Bien cordialement et avec mon meilleurs souvenir,Olivier DejouyRLJC

Barbe rouge 12/09/2008 18:56

Mon général,Après deux annnées en immersion periscopique, je retrouve le temps de naviguer ....J'ai parcouru (trop rapidement) vos pages pour tenter de ratrapper le retard... je vous y retrouve ... Je ne ferai pas de commentaire sur Surcouf. je suis deçu sur le fond et sur la forme.Sur le lien armée nation, je vous suis. Mais pendant ces deux dernières années, j'ai beaucoup plaidé pour le lien "Nation -Armée". Une nation a l'armée qu'elle mérite. On demande à nos militaires d'aller vers leurs concitoyens. Soit. Mais qui demande à nos concitoyens d'aller vers leurs militaires ? (à part le 14/7) ? Faut-il des évèvements comme l'ambuscade du 18 aout ?A quand le nom de nos soldats tombés en opérations extérieures sur les monuments aux morts de nos communes ? A quand une journée du souvenir pour eux aussi .. et pour leurs familles.A bientôt,

Lepen 07/09/2008 12:06

...Communier dans une même ferveur...On est pas à la foire.Il y'a eu mort d'homme.La question, c'est de savoir s'il est raisonnablement possible de justifier l'alignement de notre pays sur les positions de Washington.Je vous invite, Général de Richoufftz, à regarder sur dailymotion le reportage intitulé "Loose change", et de venir nous en reparler ici... si celà vous est permis.Vous me paraissez de parole et courageux, je serai ravi de connaître votre sentiment sur ce point de vue "non-officiel".Vous valez mieux qu'un "On va où on nous envoie", vous ne croyez pas ?Faire des articles, c'est bien, mais autant y mettre quelque chose dedans, non ? Quelque chose de consistant, pas de la parole creuse, convenue. C'est ça le langage du leader, ce langage qui devrait rester le votre.L'armée sera celle de la nation lorsqu'elle sera engagée au service des Français, pas au service de multinationales américaines.Votre rêve de voir les jeunes d'aujourd'hui prêts à se sacrifier pour Sarkozy; ça ne tient pas dans la réalité, ni auprès des jeunes d'origine étrangère, ni auprès des classes favorisées, qui se tirent à l'étranger sans mot dire. Y'a que vous qui y croyez, comme un ancien combattant qui y croit toujours; mais qui y croit pour quoi...Si vous vous alignez sur les positions de nos bonimenteurs professionnels élus, votre blog, il ne sert plus à rien, autant regarder le JT de 13 heures; vous le comprenez ça ?Pardonnez-moi pour le style un peu brusque de ce post.Salutation à tous.