Interview du Général de Richoufftz dans "Le Parisien"

Publié le par Général de Richoufftz

Chers amis,

le Général de Richoufftz accorde une interview au journal "Le Parisien" (paru aujourd'hui).
Cette déclaration s'insère dans la page politique du journal, intitulée: "La grande misère de l'armée":





«La France n'a plus les moyens de tout faire»

GENERAL EMMANUEL DE RICHOUFFTZ

Ancien patron du 2ème REI (Régiment étranger d'Infanterie) de Nîmes, qu'il a notamment commandé à Sarajevo, le général de division Emmanuel de Richoufftz a été «adjoint opérations» de la force Licorne en Côte d'Ivoire en 2003 avant d'être l'adjoint du Gouverneur militaire de Paris jusqu'en 2006. Revenu à la vie civile, l'ancien légionnaire parachutiste ayant sauté sur Kolwezi avec le 2ème REP, il y a trente ans, ne mâche pas ses mots.

En opération, vous avez souvent constaté la vétusté des matériels. N'est-ce pas un problème majeur de l'armée française ?

Général Emmanuel de Richoufftz. - Dans ma vie d'officier, j'ai fait un constat : j'ai vu l'évolution de l'équipement individuel qui a été modernisé. Le guerrier d'aujourd'hui est très bien équipé (avec gilet pare-balles, lunettes de vision nocturne…) alors qu'a contrario les moyens de transport et d'appui n'ont pas suivi. C'est la résultante de non-choix. On a voulu tout faire en même temps : les chars, les hélicos, les missiles, les avions de chasse… Il aurait fallu que les gouvernements et les états-majors successifs aient le courage de trancher. Car la France n'a plus les moyens de tout faire.

Quelles seraient vos priorités ?

Compte tenus des conflits actuels, j'aurais aimé avoir plus d'hélicos et plus de véhicules de combat légers. Les hélicos nous manquent aujourd'hui cruellement alors que la France avait la capacité aéromobile la meilleure du monde dans les années 1980. Il lui faut aujourd'hui retrouver cette capacité capitale car les guerres se gagnent avec la mobilité.

La France aurait-elle aujourd'hui les moyens de «refaire» la Guerre du Golfe de 1991?

Oui car la professionnalisation des armées nous permet de mobiliser davantage de soldats qu’à l’époque de la Division Daguet. Mais les matériels terrestres utilisés sont  à peu près les mêmes dix-sept ans plus tard !

Que pensez-vous de la réforme des armées qui s'annonce ?

C'est là encore la conséquence des choix qu'on a sans cesse remis à plus tard. La professionnalisation, notre dernière grande réforme, n'a pas été menée jusqu'au bout. On a conservé des régiments croupions et des bases aériennes non viables économiquement. C’est un non-sens en terme de formation et d'entraînement. L’idée de créer des bases de regroupement interarmes, voire interarmées, va donc dans le bon sens  : c'est la mutualisation du  soutien et   de la logistique, ce qui va dégager des économies de fonctionnement au quotidien . La révolution qui se prépare dans les armées peut être un électrochoc motivant pour les militaires qui ont la foi chevillée au corps. Les tièdes et les pétochards resteront sur le bord de la route car le changement fait toujours peur.

En réduisant de 50.000 à 30.000 hommes le nombre de ses militaires projetables, la France ne revoit-elle pas sérieusement à la baisse ses ambitions ?

Ce contrat opérationnel n'était pas réaliste ! Car pour 30.000 hommes projetables, il faut en mobiliser 90.000: 30.000 sur place, 30.000 qui se préparent à prendre la relève et 30.000 qui viennent de rentrer. Or la France est devenu un petit pays dans le monde de par sa démographie avec seulement 63 millions d'habitants.


Propos recueillis par Bruno FANUCCHI




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Le Goaster de Fleurelle Romain 09/06/2008 17:20

Un petit mot au passage, je tombe un peu par hasard sur votre blog d'une grande qualité, vous êtes je crois un camarade de promotion de mon père Loïc car votre nom ne m'est pas inconnu.Je reviendrai avec plaisir et intérêt suivre votre regard, celui du "Général des Banlieues", nom superbe qui illustre bien votre préocupation de "servir" que votre carrière illustre.Bon vent Général

Jacques Heurtault 07/06/2008 00:16

Il est effectivement bien connu que, sous Jospin, en fin de mandat, la moitié de nos hélicoptères de combat étaient cloués au sol faute de pièces de rechange ... Une authentique aberration! C'est des comportement de ce type que l'on perd des guerres tout en dépensant pas mal d'argent pour entretenir une armée.Il y a des choix à faire ... IL FAUT les faire!

jimmy 06/06/2008 23:58

Mon Général,Bien que civil ce que vous indiquez en ce qui concerne le problème liée aux moyens de transport et d'appui qui n'ont pas suivi ne me surprend pas pour en avoir discuter avec des militaires et notamment un capitaine ayant participé en afghanistan aux opréations du 21ème RIMA. Vous évoquez la mutualisation du  soutien ainsi que de la logistique, mais comment expliquer le foisonnement d'école des commissaires? Pourquoi n'y aurait il pas une seule et unique école laquelle serait interarmée au lieu d'avoir uné école spécifiquement pour l'armée de l'air et l'armée de terre? De même en ce qui concerne les effectifs, n'aurait il pas fallu dans les années 50 faire l'Europe de la défense comme il fut question en 1954? Puisque justement la France est devenu un si petit pays, pourquoi de pas voir notre défense à l'échelle européenne? N'est ce pas dans cette optique que la France a décidé de réintégrer le commandement de l'OTAN?