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Dimanche 17 février 2008



Le monde tel qu’il s’organise depuis une trentaine d’années maintenant et la manière dont nous subissons l’accélération de ce qui semble être une marche forcée vers le tout économique, témoigne d’une transformation majeure des relations internationales
c’est à dire des rapports humains que nous entretenons les uns avec les autres sur la planète Terre.
Les années quatre-vingt dix marquent une rupture flagrante entre deux époques. C’est une mise entre parenthèses, durable je crois, des idéologies qui avaient « façonnées » les esprits et la géographie de notre « village planétaire » des siècles durant car sous-tendant les actions militaires incessantes.

Les levées en masse et les guerres populaires de ces deux derniers siècles, les mobilisations générales et les peuples en armes furent la traduction des luttes fratricides et sans merci pour des gains territoriaux, des aménagements de frontières, des conquêtes régionales, des ambitions politiques sans cesse contestés, illusoires dans la durée mais se soldant par des hécatombes et des destructions dont nos nations développées portent encore les stigmates.
Ces motifs et ces comportements paraissent avoir été définitivement si ce n’est jetées aux poubelles de l’histoire du moins effacées de nos mémoires. Nul ne peut prédire une quelconque reprise de conflits aux échelles et dans la durée que nos grands parents et arrières grands parents ont connues, tant leur probabilité d’occurrence apparaît faible voire appartient à un passé révolu. En est-ce pour autant fini durablement avec les «grandes batailles» qui sont la traduction, sur le terrain, du choc des idéologies portées à leur paroxysme ?

Certainement, car les rapports confiants, raisonnables, établis entre les Etats à la fin du second conflit mondial comme la reconnaissance des grandes organisations internationales qui « prennent la main » en politique, le fait nucléaire -« épée de Damoclès »- et l’incertitude que font peser ces armes à d’éventuels «trouble-fêtes » dans un monde en paix, la suractivité des médias à la fois témoin gênant et bonne conscience universelle, sont autant de garde-fous bien ancrés et durables qui nous mettent à l’abri des velléités politiques et idéologiques démesurées qui se traduiraient en belligérances militaires d’envergure.
Je crois qu’il y a lieu d’être confiant quant à l’avenir post « guerre froide » pour ce qui concerne une remilitarisation telle que nous l’a enseignée l’histoire d’entre les deux derniers conflits mondiaux et cette course aux armements démesurée qui a marqué la deuxième moitié du XXème siècle.

Nous sommes désormais, collectivement, confrontés à une autre logique: celle du tout économique. Un système qui fait la part belle au « toujours plus », course insatiable au « mieux être » individuel associé à l’émergence d’une démocratie universelle comme règle politique ou comme objectif à atteindre, à terme, pour ceux des Etats, encore nombreux, qui s’exfiltrent progressivement d’un lourd passé idéologique castrateur. Autrement dit le monde moderne, commerçant et sans frontières, modifie les règles de gouvernance politiques et économiques des Etats et, par là même, transforme la fonction militaire « traditionnelle ». Ne nous trouvons-nous pas désormais dans une autre logique de légitimité de l’Etat qui ne serait plus :« comment vais-je préparer la guerre, la conduire et la gagner ? », socle de notre histoire collective nationale, mais plutôt « comment vais-je préparer ma population à la compétition internationale ? »…

Il devient urgent, pour notre devenir en tant que Nation, d’une part de trouver les voies et les moyens, comme les éventuelles parades, qui puissent nous permettre de relever le défi, en tant qu’Etat, de ce que l’on appelle la mondialisation et, d’autre part, de justifier les missions de nos armées dans un contexte et un environnement totalement transformés : redonner un sens au « made in France ». Comme je l’ai dit et écrit à plusieurs reprises, le dynamisme de nos alliés est apparu dès lors qu’il s’est agit de conquérir des marchés post-conflits au cours de ces années de changements, y compris dans le cadre d’alliances militaires où nous avions toute notre place - en ex-Yougoslavie, au Proche Orient, en Afrique…-, que ceux-ci se sont déclarés de redoutables adversaires économiques ayant une claire conscience des nouveaux enjeux et déployant, en conséquence, l’organisation, les moyens et les hommes pour « gagner ».

Dans ces conditions il s’agit de placer nos chefs d’entreprise - qui sont les nouveaux « guerriers » au quotidien - en position de ne pas perdre , voire de conquérir de nouveaux marchés, dans ce contexte de guerre économique à l’échelle planétaire.
Autant les grands groupes, qui disposent de capacités financières suffisantes parce qu’internationaux bien souvent, de la « matière grise » en nombre et d’une « assise » géographique élargie peuvent faire face aux défis d’une concurrence exacerbée, autant nos PME/PMI qui représentent plus des deux tiers des emplois du secteur productif français n’ont pas les mêmes capacités.
Pourtant ces entreprises à fort potentiel de croissance constituent le terreau des futurs intérêts de puissance de notre pays. Elles représentent l’avenir, notre devenir. Bénéficiant de capitaux exclusivement nationaux et recrutant des collaborateurs issus de nos écoles et formés par notre système éducatif, « collées » aux réalités locales elles apparaissent bien comme le « porte drapeau » de cette France qui a tout pour gagner…
Ainsi les nouvelles « règles du jeu » mondiales mettent la compétition économique au cœur des relations internationales.

Mondialisation et libre circulation, économie reine et poids croissant des entrepreneurs, toute puissance des organisations internationales et bonne conscience collective, construction européenne et effacement progressif des Nations, maillage Internet et frontières devenues obsolètes, posent la question du devenir de nos armées nationales: quelles missions leur confier dans ce contexte global où l’économie est devenue reine?
Une armée, ce sont d’abord des hommes et des femmes qui ont choisi de servir leur pays jusqu à donner leur vie si nécessaire, sacrifice accepté pour la défense de la communauté humaine dont ils sont issus. Le drapeau représente le symbole fort de la Nation dont ils sont les garants ultimes et celui des sacrifices consentis par des générations de soldats qui se sont succédées pour que nous soyons libres, Français. L’hymne national, comme nos trois couleurs, marque cet attachement charnel à la Patrie et transcende le citoyen.

Mais ne faut-il pas parler au passé et la question ne mérite-t-elle pas d’être posée ?

En effet, « marketing et business », CAC 40 et tout économique, conquêtes industrielles et commerciales tous azimuts, réseaux immatériels et connections transfrontières, virtualité et instantanéité mettent à mal la conception même de la patrie, de sa défense et, par voie de conséquence, celle de notre outil militaire et de ses serviteurs…
par Le général de Richoufftz publié dans : general.de.richoufftz
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Lundi 4 février 2008
Les bruits les plus alarmistes courent depuis plusieurs semaines concernant le devenir de notre Défense. Ils alimentent les conversations dans les popotes, traduisent un mal être du Corps consécutif à des prises de position gouvernementales à propos d’un re-dimensionnement de nos armées c’est à dire une diminution attendue des effectifs, instillent doute et incertitude sur l’avenir de la « profession », font naître une sourde inquiétude dans les cœurs et les esprits. Au delà de la brutalité des effets d’annonce, des fuites parfaitement orchestrées et rapportées par la presse, des interrogations sous-jacentes quant aux solutions qui seront, non pas choisies, mais imposées par des commissions ad hoc et autres cellules dédiées, il faut se rendre à l’évidence: le couperet budgétaire donnera raison aux pourfendeurs de l’institution. C’est tout à fait compréhensible...

En effet les armées étaient encore considérées, il y a peu, comme l’ultime assurance du pays, dernier rempart de la nation en armes, qui auraient eu à affronter un ennemi conquérant.

L’effondrement de la puissance militaire soviétique il y a près de vingt ans, la zone européenne devenue havre de paix en l’espace d’une génération avec les adhésions successives et sans retenue de pays autrefois belligérants, et la mondialisation qui renforce encore les relations pacifiées entre les peuples, apportent d’autre perspectives aux Etats tout en modifiant le paysage stratégique dans lequel évoluait nos armées. Ainsi la guerre n’est plus, aujourd’hui et pour longtemps encore, la poursuite de la politique par d’autres moyens comme le décrivait Carl Von Clausewitz. De fait, dans un contexte mondial totalement transformé, les armées ne peuvent plus avoir si ce n’est cette prééminence qui leur étaient accordée, voire l’influence qu’elles pouvaient encore exercer jusqu’à la fin des années soixante dix. Les évolutions stratégiques se conjuguent donc avec les attentes de nos gouvernants: diminuer la part du budget à consacrer à la Défense.

Toutefois il me semble essentiel que les économies à attendre d’un re-dimensionnement des armées, devenu nécessaire en raison des évolutions durables de notre environnement, ne soient pas prétexte, comme bien souvent par le passé, de n’être qu’une variable d’ajustement budgétaire sans tenir compte de la finalité de toute Défense: quelles capacités conserver pour quelle efficience ? Dans ces conditions, je crois que les questions qui méritent d’être posées avant que soient définis ou re-définis le modèle d’armée adéquat, les organisations afférentes et les moyens à mettre en œuvre dans un nouveau contexte stratégique devraient être : quelles sont désormais les véritables menaces pour nos sociétés ? Quelles missions doivent être dévolues aux tenants de la Défense ? Une défense purement nationale se justifie-t-elle encore?

Il s’agit bien d’un débat de fond à l’issue duquel l’outil militaire doit s’apprêter à n’occuper qu’un espace limité dans la vie nationale. Ce n’est pas nouveau. En trente cinq années nous avons connu une succession de transformations et de mutations au seul leitmotiv de faire toujours mieux avec toujours moins. L’exercice connaît ses limites toutefois. Comme un athlète qui perd sa mauvaise graisse pour ne conserver que ses muscles, notre pays prend le risque, demain, de n’avoir plus que la peau sur les os : aura-t-il encore la capacité de se battre ? Un pays désormais dans l’incapacité de disposer de moyens militaires lui assurant une autonomie, à défaut d’indépendance, qui recherche, vaille que vaille, dans un retour dans l’organisation intégrée ou dans la promotion de la défense européenne, les conditions – à coûts minima pour lui - de pouvoir exister comme puissance militaire demeure un sacré pari sur l’avenir !

Il s’agit non pas de promouvoir le bien fondé de ce qui pourrait apparaître comme une évolution de plus mais bien d’accepter une véritable révolution politique et stratégique qui puisse permettre à nos armées d’épouser leur temps et d’anticiper les menaces à venir. Se fondre, à terme, dans une coalition militaire qui fait référence - l’OTAN - et qui correspond sans doute le mieux à la défense de nos intérêts nationaux et à la sauvegarde d’une partie de nos capacités militaires. La marge de manœuvre de cet aggiornamento est plus qu’étroite: espérer continuer de faire demain, avec moins encore qu’aujourd’hui mais avec d’autres…

On comprend alors que les hommes et les femmes sous l’uniforme, engagés sans réserve à la défense de notre patrie avec un quotidien bien souvent ingrat, et des lendemains incertains, puissent avoir le blues.
par E.de Richoufftz publié dans : general.de.richoufftz
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